Lettre urgente concernant la diffusion par Radio-Canada d’un reportage nocif et biaisé contre un groupe minoritaire persécuté en Chine
Le 30 octobre 2008
Monsieur Hubert T. Lacroix Président de Radio-Canada
Monsieur,
C’est avec tristesse et inquiétude que je vous écris pour susciter votre attention immédiate concernant une émission diffusée le 30 octobre 2008 (en rediffusion samedi et dimanche) sur les ondes de la télévision de Radio-Canada. L’émission d’Enquête, Malaise dans le Chinatown, était clairement un effort intentionnel de Radio-Canada de dénigrer un groupe minoritaire au Canada, un groupe qui souffre déjà d’une persécution sévère aux mains du régime communiste chinois.
Cette émission ne rencontre pas les standards de diffusion et l’éthique journalistique de Radio-Canada. Elle a également causé un grand tort aux pratiquants de Falun Gong du Québec et je vous écris pour demander rétraction et excuses immédiates.
Le reportage a été diffusé à l’émission Enquête. L’objectif principal du reportage semble être de dépeindre le Falun Gong comme une force destructive dans la communauté chinoise au Canada. Le reportage en soi était intitulé Malaise dans le Chinatown et les journalistes affirment à de nombreuses reprises que le Falun Gong est une source de problèmes dans la communauté chinoise. Voici certains de leurs commentaires :
– Le groupe « suscite beaucoup de méfiance à l’extérieur de la Chine ».
– Leur « présence dans nos villes crée un certain malaise ».
– Un « mouvement religieux peu connu et omniprésent qui dérange », face auquel les policiers sont « impuissants ».
– Les pratiquants ont leurs « quartiers généraux » « dans un immeuble appartenant à un ennemi de la Chine ».
– L’arrivée des pratiquants à Montréal « bouscule une paix fragile ».
– « Le mouvement s’impose rapidement en occupant le seul jardin public du quartier ».
– Les commerçants ne veulent pas parler à la caméra de peur de se faire « harceler ».
– Un spectacle culturel abordant le Falun Gong « divise la communauté chinoise ».
– « Ce qui divise aussi la communauté chinoise de Montréal ce sont des rassemblements d’adeptes comme celui-ci, fréquents dans le jardin du Chinatown ».
– La population chinoise est « impuissante » alors que le Falun Gong est aux prises avec Crescent Chau.
– « Les adeptes poursuivent leur manifestation devant les bureaux de M. Chau, et lui continue en vain à faire appel à la police », ce qui ce qui « exaspère » M. Chau.
Pas une seule déclaration dans l’émission suggère que le Falun Gong a une influence positive sur la communauté, ce qui ne concorde pas avec les réactions de plusieurs Canadiens, y compris celles des chefs du gouvernement, comme en témoigne les lettres ci-jointes écrites par le premier ministre Stephen Harper et le chef libéral Stéphane Dion.
La façon de dépeindre les pratiquants de Falun Gong dans l’émission est également accompagnée parfois d’une musique bizarre et d’angles de caméra étranges.
À l’opposé, il n’y a aucune affirmation dans le reportage que la présence de M. Chau dans le Chinatown de Montréal a directement causé quelconque malaise.
En plus d’être de toute évidence la présentation d’une seule version des faits, le commentaire dans l’ouverture de l’émission disant que le Falun Gong a « bousculé une paix fragile » à Montréal et créé un « malaise » indique une couverture fortement biaisée qui trahit la réalité.
En fait, le Falun Gong est pratiqué à Montréal depuis 1996. Il n’y avait pas de controverse au sujet du Falun Gong à Montréal ni au sein de sa communauté chinoise. Aucune plainte de M. Chau non plus. Cela a changé lorsque le régime communiste chinois a commencé sa campagne d’éradication du Falun Gong en 1999. Certains éditeurs, comme M. Chau, ont commencé à répéter la ligne de Pékin et à inciter la communauté à combattre le Falun Gong. M. Chau lui-même a seulement commencé à publier de tels articles après avoir été approché par Mme Bing He en 2001, qui l’a payé pour diffuser son contenu. L’émission de Radio-Canada décrit incorrectement Mme He comme une « ex-adepte ». En fait, Mme He est un agent du régime chinois. Lorsque des accusations d’outrage au tribunal ont été portées contre elle dans cette affaire, elle s’est enfuie en Chine où elle est devenue une héroïne dans les médias d’État chinois en guerre contre le Falun Gong. Un fait occulté par Radio-Canada.
Le caractère biaisé de cette émission est encore plus évident lorsqu’on considère le traitement réservé à M. Chau. Il est décrit comme le « propriétaire d’un des plus vieux hebdomadaires du quartier » et au « vivant au pays depuis plus de 30 ans ». Avec cette description respectable en contexte, les efforts de M. Chau pour « affronter » le Falun Gong sont décrits, tout comme « l’exaspération » dont il dit souffrir en retour.
C’est seulement à la toute fin de l’émission qu’il est mentionné à la hâte que la Cour d’appel du Québec a jugé que le contenu des articles de M. Chau était diffamatoire et sans fondement, bien que le contenu des articles n’a jamais été décrit dans l’émission.
Ces articles – nombreux et publiés dans de multiples éditions spéciales anti-Falun Gong – affirment que les pratiquants de Falun Gong s’ouvrent l’estomac avec des couteaux, qu’ils tuent et se suicident entre eux, qu’ils boivent du sang, qu’ils ont des relations sexuelles avec des animaux et qu’ils commettent d’autres actes pervers et immoraux. Aucune de ces accusations n’est fondée, et aucune accusation de ce type n’a déjà été portée par un gouvernement ou un organe indépendant. Ces calomnies font partie des efforts de propagande du régime pour inciter à la haine contre le Falun Gong, un fait documenté par les groupes de défense des droits de la personne.
Un autre fait non mentionné est que Crescent Chau a continué de publier de tels articles malgré deux injonctions de la Cour.
Sans cette information contextuelle, les descriptions dramatiques des procès intentés contre M. Chau font que les agissements des pratiquants de Falun Gong sont dépeints comme extrêmes et irrationnels.
L’émission accuse également à tort le Falun Gong de se terrer dans le secret et d’être indigne de confiance en raison de son refus d’être interviewé à la caméra par Radio-Canada. En fait, c’était la première interview refusée au Canada (nous avons accordé d’autres entrevues, même avec des journalistes de Radio-Canada, durant la même période que se préparait le reportage d’Enquête). Nous avons refusé de participer à ce reportage lorsqu’il est devenu évident que les réalisateurs et journalistes n’avaient aucun intérêt à produire quelque chose de factuel et d’équilibré. Nos inquiétudes ont été confirmées.
Nous avons passé des heures au téléphone et par courriel pour expliquer nos inquiétudes aux journalistes concernant leur reportage. Aucune des raisons données aux journalistes pour avoir décliné les entrevues n’a été mentionnée dans l’émission. Nous avons été plutôt dépeints comme évasifs et non coopératifs.
En fait, les distorsions, les mauvaises représentations et les assertions biaisées dans cette émission vont beaucoup plus loin que ce qui est mentionné ici : ils sont nombreux et bouleversants. Nous allons fournir une liste plus détaillée de nos préoccupations, mais voulions avant tout vous envoyer cette lettre pour vous faire part de cette affaire sérieuse et grave.
Cette émission ne respecte pas les standards d’éthique et d’impartialité journalistique de Radio-Canada. De plus, elle s’attaque à un groupe minoritaire qui est déjà victime de persécution et d’une campagne de propagande. L’ombudsman de Radio-Canada a déjà averti auparavant qu’il fallait y aller avec attention lorsqu’on rapporte sur le Falun Gong, en présentant honnêtement les faits.
En janvier 2003, l’ombudsman David Bazay a répondu qu’il y avait du mérite derrière une des nos multiples plaintes concernant le traitement biaisé du Falun Gong à Radio-Canada, et une correction s’est imposée. Il a conclu en disant que parce que le Falun Gong a été rapporté comme victime de persécution, il y avait « d’autant plus raison, dans des reportages subséquents, d’être plus attentif de présenter les points relatifs dans le contexte relatif ».
Cette grave erreur doit être corrigée et l’émission ne doit pas être rediffusée pour ne pas désinformer vos téléspectateurs.
Veuillez agréer, Monsieur, mes sincères salutations.
Xun Li
Président
Association de Falun Dafa du Canada
613-599-7494